ryma

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Hamid !

Il y a un an jour pour jour, de ta chambre d’hôpital, tu m’as appelée. Ta voix toujours présente me répète en écho : « Hadja, je m’ennuie dans cette boîte ; fais une prière pour moi. » j’ignorai alors que ce serait notre dernier échange. J’ignorai que la faucheuse était à ton chevet prête à moissonner ton dernier souffle de vie. « inchaallah » te dis-je, pleine d’espoir. Un espoir, que ta voix m’a laissé croire. Une voix que tu as voulu chantante, vivante jusqu’au point final de cette vie que tu aimais tellement. Mais Dieu n’a pas voulu te prêter vie , préférant te rappeler à lui ; non comme une punition, mais comme une bénédiction ; non comme une vulgaire fin, mais comme un recommencement dans l’éternité promise.


Debout devant sa glace, après une dure semaine de travail, elle essayait une à une des robes de soirée pour se rendre à une fête de mariage.

 Délestée de tous les fardeaux du quotidien, elle se mit en beauté : beauté extravagante, pour plaire à soi, pour plaire aux autres, pour effacer le temps d’une soirée l’image en noir et blanc qu’elle avait d’elle-même.

 Une légère robe de soie nacrée cintrée, dessinant délicatement les galbes de ses hanches fleuries, préservées des douleurs et des bonheurs de la maternité. Par-dessus, une veste de velours noir brodée d’or, et un fichu blanc en dentelle incrusté de perles pour couvrir sa belle crinière noire, qui lui donnait l’air d’une madone tout droit sortie d’un tableau de Picasso.

 Juste un trait de khôl dans ses yeux papillon,et la voilà prête en moins d’une demi-heure, tant elle était pressée de quitter la monotonie du quotidien, pour rejoindre le temps de quelques heures, la liesse et la joie, et oublier ce mari trop ambitieux et si peu attentionné qu’elle avait dû accepter par lassitude, après un trop jeune divorce.

Les chaussures pleines de sable, l’esprit désensablé et le cœur haletant de souvenirs ; revenir du pays de l’astre vermeil ; comme d’un pèlerinage ensoleillé en saison de pluie, troquant le crissement des feuilles mortes contre celui du silence aux échos vivants.
L’espace sans trait d’horizon emmène le regard plus loin que le vol du goéland par-dessus les océans et le silence laisse le vent emporter les pensées gémissant comme la flûte du berger dans la douce solitude de tous ses moments 

« Cœur d’artichaut », ou l’étrange union de la rose et de l’artichaut.

 Il était une fois, dans un pays virtuel et magique, tantôt hostile, tantôt bienveillant ; deux créatures de la nature : Une rose sauvage qu’aucun jardinier n’avait pu apprivoiser à cause de ses prismes changeants ; mauve, rose, gris, au gré du soleil levant, soleil couchant, vent du sud ou d’ouest ; mais une gentille rose aux doux pétales de velours. Et un artichaut tout vert, tout velu, tout poilu, bourru mais tendre.

Dans ce jardin, la rose s’ennuyait tandis que l’artichaut traînait ses vieux jours à l’ombre de son feuillage, au milieu de milliers de livres.

Un jour, alors que le soleil était à son zénith, la rose révéla sa plus belle couleur mauve scintillante de tous ses éclats étoilés. Elle était si belle ce jour là qu’aucune plante ne resta indifférente à sa beauté, la tulipe, l’acacia, le dahlia et même le cactus n’avaient d’yeux que pour elle et de poèmes qu’à son effigie… Comme  cela la flattait, et l’empourprait encore plus !

Plongé dans ses lectures, l’artichaut ne voyait ni la splendeur de la rose, ni l’état dans lequel elle avait mis ses amies les plantes.

Triste de constater l’insouciance de l’artichaut qui était pourtant innocent de ce vil sentiment, car tapi sous le rosier, il n’avait eu le privilège de voir ses roses et particulièrement cette rose qui l’admirait de haut, dans un silence pudique ; pour sa grande sagesse, son érudition et surtout pour son cœur si tendre ; la rose se mit à pleurer. Elle pleura tant que ses larmes, de feuillage en épines, parvinrent jusqu’à lui et mouillèrent une page de son histoire.

Placide mais intrigué, il se demanda comment il pouvait pleuvoir en ce jour ensoleillé. Une bien grande énigme à résoudre pour ce vétéran fervent chercheur de vérités.

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