Entre la chéchia et le bonnet du père Noël

Les musulmans établis dans les pays européens doivent-ils fêter Noël? Cette question divise les rangs de la communauté musulmane à l’approche de la fête du Nouvel An. Le fossé ne cesse de s’élargir entre les modernistes, qui y sont favorables et les conservateurs qui voient en cette fête un péché. Voulant prendre les avis des uns et des autres, L’Expression a recueilli les opinions des musulmans installés en France sur le sujet en question. Barbès et Saint-Denis, sont les quartiers que nous avons choisis pour faire ce minireportage, vu que cette communauté y est fortement installée. 
Les uns ne trouvent aucun inconvénient à fréquenter la mosquée, faire la prière, acheter la bûche et porter le bonnet et la barbe du père Noël. Les autres tiennent à leurs traditions et préfèrent célébrer que les fêtes religieuses. «Je suis né et j’ai grandi en France. Je tiens à ma religion qui est l’Islam. Je célèbre toutes les fêtes religieuses y compris...la Noël», annonce Madjid, 23 ans. Et de justifier: «La majorité de mes potes sont des Français de souche. Nous fêtons ensemble quelques événements tels les anniversaires des uns et des autres. Je ne vois pas pourquoi ne pas partager avec eux la merveilleuse soirée de Noël.» Cet étudiant originaire de l’Oranie ne veut, toutefois, faire aucun commentaire sur le choix des autres «immigrés». «Les gens qui sont contre cette idée, leur avis ne regarde qu’eux-mêmes.» Allant plus loin, Madjid explique son opinion par «l’esprit de l’intégration». «La question de la religion n’est pas primordiale à mes yeux. Outre la religion, il y a l’aspect culturel qu’il faut prendre en considération. Avant tout, c’est de jeter les yeux sur la culture d’autrui. C’est une manière de se fondre dans cette société, tout en gardant notre culture arabo-musulmane et rester dans l’esprit et les traditions de l’Islam.»
Se donnant l’air d’être confiant et convaincu de son choix, le même interlocuteur explique encore: «Cela fait quelques jours que nous avons célébré la fête du mouton, (l’Aïd El Adha, Ndlr). Cela prouve notre attachement à notre culture et notre religion. Cela ne nous empêchera pas, à mon avis, de fêter Noël et le Nouvel An.» Les avis divergent. Quelques parents ne partagent pas les opinions de leur enfants. Mieux, ils refusent aux enfants de «se fondre dans cette culture étrangère à l’Islam». Farida, la quarantaine, originaire de Sétif est catégorique: «Mes enfants, mon époux et moi, ne célébrons que les fêtes musulmanes», avance-t-elle d’emblée. Elle donne plus d’explications: «Je suis née en Algérie et cela fait plus d’une quinzaine d’années que je vis en France. Jamais, je n’ai commémoré une fête chrétienne outre l’Islam. Ce sont les mêmes principes et cette même culture que j’ai donnés à mes enfants, -deux filles et un garçon-, depuis leur naissance.»
Cette maman au foulard noir et bien maquillée, est hostile au fait de voir ses enfants partager avec les Français ces moments de fête. «Je ne permets jamais à mes enfants, garçons ou filles, de dévier de la règle de l’Islam». Farida laisse entendre et croire qu’il lui est impossible de tourner le dos à sa religion et à sa culture. Lamia, amie et voisine de Farida, se montre un peu plus souple qu’elle. «En principe, on ne doit pas fêter Noël. Mais on la fête dans la réalité», résume-t-elle, toute souriante. Invoquant la raison avant la fatwa des oulémas, Lamia développe: «Nous célébrons Al-Mawlid Nabaoui, (la naissance du prophète Mohamed Qsssl, NDLR). Le Saint Coran nous incite à respecter les prophètes. Nous respectons, donc, la naissance de Jésus et fêtons Noël», a-t-elle déclaré sous le regard intrigué de Farida. «Mais attention!», s’exclame-t-elle: «Je ne célèbre pas Noël avec des bouteilles de champagne et des boissons alcoolisées». Une manière de célébrer une fête chrétienne sous une tradition musulmane! Paradoxe. «C’est une occasion d’acheter quelques cadeaux pour les enfants et de préparer des repas variés et spéciaux à l’occasion de cet événement», précise cette dame. Ne partageant pas ses opinions, Farida évoque une autre problématique, celle liée à la naissance de Jésus. «On ne s’est même pas mis d’accord sur la date exacte de la naissance de Jésus. On n’est même pas sûrs que c’était un certain 25 décembre», s’interroge Farida.
Quittant ces deux dames qui nous semblaient passionnées par le sujet, nous avons rencontré Hocine, la trentaine, un autre Algérien, originaire de Kabylie.
Ce vendeur de cigarettes de marque algérienne que nous avons rencontré à la sortie de la station du métro Barbès, voit l’événement sous un autre angle. «Je suis invité par mes amis, chrétiens et arabes de l’Orient, pour fêter Noël. Je n’ai pas trouvé problème pour accepter leur invitation. Eux aussi ne refusent jamais mon invitation pour la célébration d’une fête musulmane avec ma famille. S’échanger des invitations et partager des moments dans des occasions pareilles, cela ne va pas changer les convictions religieuses de chacun. Passer une soirée de Noël avec mes copains, ne signifie pas que je vais me convertir au christianisme. Cela est tout à fait fou», conclut Hocine.
Ces déclarations divergentes ne reflètent en aucun cas la position de la religion musulmane vis-à-vis de la fête de Noël. Ce sont des opinions qui n’engagent que leurs partisans.

Tahar FATTANI                   Source  Journal L'Expression  du 24/12/2008{jcomments on}

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