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Entre le roman et l’oubli, Lalla Yamina Tidjania git

Mon voyage a commencé, je crois, il y a plus de 35ans , avec Frison Roche. Longtemps le nom d’Aurélie Picard évoquera pour ma désinvolte jeunesse l’Amour légendaire.

La belle Française, fille de la ville et de la modernité, qui renonce à tout son confort par amour pour un Prince noir du fin fond de la steppe et lui consacre toute sa vie entre monts et désert. Un couple que tout sépare et qui va durant tant d’années subjuguer mon imaginaire : un conte d’adultes aux âmes d’enfants ou « la belle et la bête » au pays des dunes et du silence.

J’avais fait de tous mes sens le voyage avec elle à travers les immenses plaines du nord au sud algérien. Ma peau brûlait sous le soleil qui la brûlait et le vent qui faisait voler sa chevelure soulevait mon être. De page en page, j’éprouvais ses joies et ses peines, sa solitude, ses doutes et l’assurance de chacun de ses gestes ou les tremblements de ses mains au point de ne former avec elle qu’une seule et même personne.

Combien ai-je mis dans la lecture de ce roman ? une nuit je crois ou deux peut-être. Je me souviens bien qu’il m’était difficile de me rendormir sans avoir connu la suite et de chapitre en chapitre  avant que l’aube ne réveille mon sommeil,  j’ai voyagé dans les méandres de l’incroyable destin d’Aurélie Picard devenue Lalla Yamina, Maitresse incontestée de l’illustre zaouia Tidjania à l’ouest de Ain Madhi ; une confrérie exclusivement masculine où l’homme règne en maitre et où la femme n’était que sujet avant l’arrivée de celle qui allait tout changer avec douceur et doigtée.

Pour elle, dit-on, Si Ahmed répudia ses épouses et renonça au bonheur de la descendance : un choix ou une décision divine ? nul ne le saura ; mais sans doute le regret légitime de la princesse des sables.

Déterminée à conquérir le cœur de tous, en dépit de toutes les entraves, armée de savoir-faire, d’intelligence et de pugnacité, elle géra les intérêts matériels de la confrérie et administra la zaouia comme on administre une abbaye ; la voulant activement productive et la dispensant de ne vivre que des donations des fidèles. En effet, en bon chef d’entreprise, elle lança des travaux de constructions d’écoles, de dispensaires et d’ateliers de tissage. Elle  fora des puits et se mit à l’agriculture tant et si bien que la terre et les cœurs arides qui l’accueillirent un jour devinrent une oasis de biens et de bonté.

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La dame en transe

Debout devant sa glace, après une dure semaine de travail, elle essayait une à une des robes de soirée pour se rendre à une fête de mariage.

 Délestée de tous les fardeaux du quotidien, elle se mit en beauté : beauté extravagante, pour plaire à soi, pour plaire aux autres, pour effacer le temps d’une soirée l’image en noir et blanc qu’elle avait d’elle-même.

 Une légère robe de soie nacrée cintrée, dessinant délicatement les galbes de ses hanches fleuries, préservées des douleurs et des bonheurs de la maternité. Par-dessus, une veste de velours noir brodée d’or, et un fichu blanc en dentelle incrusté de perles pour couvrir sa belle crinière noire, qui lui donnait l’air d’une madone tout droit sortie d’un tableau de Picasso.

 Juste un trait de khôl dans ses yeux papillon,et la voilà prête en moins d’une demi-heure, tant elle était pressée de quitter la monotonie du quotidien, pour rejoindre le temps de quelques heures, la liesse et la joie, et oublier ce mari trop ambitieux et si peu attentionné qu’elle avait dû accepter par lassitude, après un trop jeune divorce.